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J’ai pas lu, mais j’ai adoré
Trelk Hors ligne
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#1
J’ai pas lu, mais j’ai adoré
Pierre Bayard : Comment parler des livres que l’on n’a pas lus
Ed. de Minuit, 164 p., 15 €.

On l’a tous fait : gloser lors d’un dîner sur un classique jamais ouvert. Une pratique dont il ne faudrait plus rougir ?
La société nous épuise : elle voudrait qu’on ait tout lu. De Plaute à Joyce, via Fénelon. Les journalistes devraient engouffrer les nouveautés in extenso (mais quand trouverions-nous le temps d’écrire nos articles ?), et les jurés, parcourir les œuvres qu’ils couronnent (plutôt que le menu du restaurant dans lequel ils délibèrent). Il faudrait tout dévorer, digérer, assimiler. Y compris cet opuscule de Pierre Bayard, Comment parler des livres que l’on n’a pas lus, que nous avions prévu de défendre sans même l’ouvrir, ne serait-ce que pour la diablerie de son titre. Puis, nous avons craqué, dérogeant à la règle d’Oscar Wilde : « Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique ; on se laisse tellement influencer. »

Cet essai drôle et érudit porte un message : il ne faut pas avoir honte de ne pas lire. S’en flatter, au contraire. Même si la culpabilité vous rattrape lors des dîners mondains, comme elle a longtemps hanté l’auteur (qui enseigne la littérature à l’université Paris-VIII). Chez les professeurs – dont la légitimité repose en partie sur la somme des livres lus –, la non-lecture est un tabou ; les disputes littéraires, une tartufferie. Bayard lui-même se permet de citer Joyce devant ses élèves sans en avoir lu une ligne – ou alors juste une. A ceci près qu’il en a lu d’autres, de Paul Valéry, David Lodge, Graham Greene, Balzac, Sôseki, dont il nous abreuve ici fort joliment. Car toute l’histoire littéraire est hérissée d’impostures ana­logues, énumérées avec une savoureuse intelligence. Ainsi Montaigne oubliait-il ses lectures, soulevant d’inévitables questions : est-ce qu’un roman qu’on a lu, mais dont on ne se souvient plus, fait encore partie des livres lus, vu qu’on ne sait pas quoi en dire ? Un tome feuilleté, parcouru, picoré, dans quelle catégorie le ranger ? Pierre Bayard ne tranche pas. Il évoque subtilement notre rapport intime aux œuvres, à l’empreinte qu’elles laissent en notre « livre intérieur ». Puis défend la nécessité de gloser dans le vide, pour le seul plaisir de l’invention. Car bien parler d’un livre qu’on n’a pas lu réclame un effort et une créativité semblables à ceux de l’écrivain. Dès lors, pourquoi se sentir coupable ?


Erwan Desplanques in Télérama n° 2975, 20.01.2007

Bon, qui l'achète et le mets en ring ?
22.01.2007, 21:44


Messages dans ce sujet
J’ai pas lu, mais j’ai adoré - par Trelk - 22.01.2007, 21:44
Re : J’ai pas lu, mais j’ai adoré - par sam - 29.01.2007, 21:58

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